1870.1

La Marque Postale

#  Lettre affranchie du 20c bleu type Siège (Yvert n°37) oblitéré étoile de Paris 18, à côté timbre à date type 17 PARIS/R.D’AMSTERDAM (5e levée).

¥  6 novembre 1870

!    20c pour Lisieux

T   Tarif 20c (inchangé de 1862. 20c de bureau à bureau). Particularité du Siège de Paris: le poids est limité à 4g pour les plis sortant de Paris par Ballon monté.

&  verso timbre à date arrivée Lisieux du 9 novembre 1870.

○  Par le Ballon monté GIRONDE.

La mention, manuscrite ou imprimée,  « par ballon monté » ne figure pas.  Mais elle n’est pas obligatoire. Seul moyen de sortir de Paris, l’authenticité des lettres par ballon, ainsi que le nom certain du ballon n’est apportée que par les cachets postaux.

Le ballon GIRONDE s’envole le 8 novembre à 8h30 de la gare d’Orléans avec l’aéronaute Galley, 3 passagers et 60kg de courrier. Fin du voyage près d’Evreux à 15h40.

Le GIRONDE est un ballon privé.  Il emportait tout le courrier mis à la Poste jusqu’au 7 au soir.

71 ballons se sont envolés pendant le siège se divisant ainsi:

◇ 1 ballon libre: Le non dénommé n°1.

◇ 1 ballon du Ministère des Travaux Publics: La Ville de Florence.

◇ 1 ballon du Ministère de l’Instruction Publique: Le Volta.

◇  6 ballons par l’administration des Télégraphes.

◇  52 ballons par l’Administration des Postes.

◇  6 ballons privés: dont le Gironde.

Les télégrammes officiels nous donnent aussi de précieux renseignements qui permettent d’ajouter certains détails:

★  voir ci-dessous photo

(Extrait des feuilles marcophiles n°246/1986- article de Nicole Garcin de la Société Internationale d’histoire postale).

 

La Lettre

♡  M. Grizy (ou Grisy).

[ ]   Paris. Il signe Grizy Z. Il est chanteur à l’Opéra = nous le verrons plus loin.

♥  M.Grente, 10 rue Pont Mortain , Lisieux « Pour Mme Grisy » (ici avec un s).

=  correspondance personnelle, actualité du Siège, de l’Opéra, et familiale.

>   Salomé

<   La ville de Chateaudun

 

Le Papier

□  feuille de 13,5 × 20,5

○  la limitation du poids à 4g (au lieu des 7,5g habituels) oblige à couper en deux une feuille normalement double. Le plus souvent on utilisait des papiers trés fins qui permettent quand même 2 pages (papier pelure ou papier bible).

 

@ Autres contributions

Prenez d’abord connaissance détaillée du texte qui amène un certain nombre de commentaires historiques ci-dessous:

  1. M. GRISY écrit à son épouse à Lisieux chez M. GRENTE (Famille ou amis nous ne le savons pas). Elle semble être avec d’autres personnes de sa famille.  Par contre Grente est bien connu des lexoviens. Il est libraire, papetier, éditeur etc.

A la fin du siècle il produira de nombreuses cartes postales.

★ voir photos ci-dessous, 2 cartes postales montrant la maison Grente.

  1. M.Grisy Raphaël Auguste est né le 24.9.1833 à Paris (7e).

Chanteur, compositeur et organiste, il fut l’élève de Mozin (le Peintre! Bien connu des trouvillais) et de Bazin pour l’harmonie. Il fut ensuite organiste puis Maître de Chapelle à l’Eglise de la Trinité.

Ténor (mais pas des plus grands selon certains critiques. Il n’est que second ténor en 1861) il semble se trouver à ce poste par non disponibilité de ses confrères.

Plus tard il a été très prolifique en tant que compositeur d’opérette ou opéra-bouffe.

Lu dans la Presse: La revue du Calvados, mars 1911 n°3/ nécrologie

 

  1. SALOME est aussi un musicien.

Cesar, Théodore Salomé est né en 1834 à Paris et décédé en 1896 à St Germain-en-Laye.

Compositeur et organiste, aussi Maître de Chapelle à l’église de la Trinité dont il inaugura l’orgue Cavaille-Coll en 1869.

Sa carrière est parallèle à celle de Grizy.

Documentation:

Au sujet de Grizy voyez le site Gallica.

Au sujet de Salomé « new.appl-lachaise.net »

Au sujet de l’Opéra « www.cairn.info »

avec notamment les notes de George Colleville régisseur de l’Opéra (1856.1871) qui a consigné jusqu’aux moindres détails: chants, costumes, heures, personnes ou prix) tout ce qui s’est passé dans l’établissement, y compris aux heures les plus sombres du Siège et de la Commune.

 

  1. La Soirée de Chateaudun.

Grizy chante ce dimanche soir à l’Opéra au profit des victimes de la ville de Chateaudun en Eure et Loir (voir note 5). C’est en fait tout ce que Paris compte d’artistes lyriques qui se mobilisent. Mais pas seulement! Acteurs, écrivains, poètes vont se réunir dans les théâtres pour dire des textes à la Comédie Française, et aussi : Odéon, Vaudeville, Porte St Martin, Gaité, Ambigu comique, Bouffes, Château d’Eau, Athènée, Délassements, Cluny, Menus Plaisirs et d’autres!

Pour conclure cette 1e grande soirée de solidarité nationale donnons la parole à VICTOR HUGO:

 » 5 novembre. Aujourd’hui a lieu la lecture publique des Châtiments pour donner un canon à la défense de Paris…

6 novembre. Mérimée est mort à Cannes. Dumas n’est pas mort, mais est paralytique…

7 novembre. Le 24e bataillon m’a fait une visite et me demande un canon…

9 novembre.  La recette nette produite par la lecture des Châtiments à la Porte-St-Martin pour le canon que j’ai nommé CHATEAUDUN a été de 7000 francs.

L’excédent a payé les ouvreuses, les pompiers et l’éclairage, seuls frais qu’on ait prélevés.

La 2e lecture des Châtiments pour un autre canon se fera au Théâtre Français…  »  etc.

(Victor Hugo dans Choses vues 1870.1885 – son journal au jour le jour et en détails. Lecture indispensable pour cette période).

 

  1. La bataille de Chateaudun: nous ne refaisons pas ici l’histoire de ce sanglant épisode de la Guerre franco-prussienne. Les textes et images ci-dessous suffiront à ce sujet et serviront de conclusion à ce commentaire du ballon Gironde.

 

★ Voir 2 photos: couvertures de cahiers d’écoliers.

Cahier d’écolier (17x22cm)  Interieur de 9 feuillets cousus, soit 36 pages réglées. Couverture de papier fin couleur saumon, gravure (bois de bout) signée Gluck. Série Histoire

n°5 de J.Garnier à Paris (imprimerie Martinet). Texte au verso de P.Laurencin.

Edition trés ancienne probable juste après 1871 (avant 1875).

 

Cahier d’écolier (couverture seule) 17,5×22,5 cm, bois gravé colorié au pochoir. Sans nom d’éditeur ni date, mais modèle et titre connu d’une belle série de l’imprimeur éditeur Marcel Vagné « Imagerie de Pont-à-Mousson ». (N°9 d’une série supposée de 12 cahiers. Vers 1890).