F.LTD

Ligne de Lisieux à Trouville-Deauville:

La ligne vers Honfleur est la plus ancienne, nous en reparlerons, mais celle de Trouville-Deauville, commune jusqu’à Pont l’Evêque, était plus importante en trafic.

Cette ligne est également la ligne du Paris à Trouville-Deauville, commune avec Paris à Cherbourg jusqu’à Lisieux (voir article D.PEC). Le dernier tronçon entre Pont-l’Evêque et Trouville ouvre le 1er juillet 1863.

billet de train de 1re classe

Deauville, sa plage, son casino, ses hôtels et palaces, et ses nombreuses villas luxueuses attire une clientèle aisée, alors l’été la compagnie de chemin de fer met en place un train express de luxe pour les parisiens souhaitant y passer la fin de semaine:

articles de journaux de 1886 et 1906

Voici le profil de la ligne:

La ligne comporte 8 stations compris Lisieux que nous avons montré dans l’article C.LGT, nous commençons donc cet article à la première station après le départ, Lisieux Le Grand Jardin.

F.LTD 01. LISIEUX départ (C.LGT)
F.LTD 02. LE GRAND JARDIN

Cette station, toujours en activité, se trouve à l’extrémité Nord du tunnel qui traverse le centre ville de Lisieux (ci-dessous l’entrée Sud du tunnel).

Et à la sortie Nord, le train sort du tunnel en gare du Grand Jardin:

Mais faisons un petit saut en arrière dans le temps. A l’origine, la ligne et le tunnel ne comportent qu’une voie unique:

Et le nom « Grand Jardin » vient du fait que cette voie unique et la halte ont été construits sur des terrains occupés par des jardins ouvriers, à proximité du grand « Jardin de l’Etoile » (aujourd’hui la Résidence le l’Etoile), situé à l’entrée du chemin des Buissonnets, sur le Boulevard de Pont l’Evêque (aujourd’hui Bld Herbet Fournet) , comme on peut le constater sur la carte ci-dessous:

Au début du XXe siècle, compte tenu du trafic important de cette ligne, une seconde voie est ajoutée, permettant aux trains montants et descendants de se croiser. Sur la carte ci-dessous, on voit clairement la différence de teinte entre le vieux ballast de la voie d’origine (à gauche) et le ballast de la nouvelle voie (à droite) construite en lieu et place des jardins potagers:

Et une passerelle a été construite pour permettre d’aller de l’ancien quai unique, devenu le quai « vers Trouville-Deauville », au nouveau quai « vers Lisieux » sans traverser les voies:

Une vue prise de la sortie du tunnel:

Et le panorama sur le Boulevard Nicolas Oresme (Boulevard de la Caserne à cette époque):

devant toutes les gares, il y a le…

Et maintenant nous quittons Lisieux pour la station suivante, à 8,5 km.

 

F.LTD 03. LE BREUIL- EN -AUGE

lettre pour Caen postée en gare du Breuil-en-Auge

timbre à date convoyeur-station Breuil-Blangy* de la ligne Honfleur à Lisieux**

timbre oblitéré par l’ambulant Paris à Caen (PCn)

*: la gare du Breuil est destinée à desservir la commune, plus importante, de Blangy-le-Château, située dans une vallée encaissée

**: les convoyeurs-station sont antérieurs à l’ouverture de la ligne entre Pont l’Evêque et Trouville

(voir catalogue des Marques Postales de Lisieux)

Nous arrivons au Breuil-en-Auge:

la minute d’arrêt traditionnelle, et nous repartons pour la halte suivante, à  seulement 3 km!

F.LTD 04. FIERVILLE-LES-PARCS

Outre son château, Fierville dessert également Manneville-la-Pipard, et Blangy-le-Château par les chemins de traverse

En septembre 1945, un article de journal:

Arrêt du train de la halte de Fierville-les-Parcs.  –  Le conseil général du Calvados émet le vœu que le train 2 307 partant de Lisieux à 18 H 35 s’arrête chaque jour à la Halte de Fierville-les-Parcs afin de permettre aux habitants de cette commune, de la commune chef-lieu de canton de Blangy-le-Chateau, ainsi que de cinq autres communes voisines de rentrer à leur foyer à une heure convenable dans la période d’hiver où les jours sont courts et les routes mauvaises.

Et nous repartons pour 6,5 km.

 

F.LTD 05. PONT L’EVÊQUE

Après avoir marqué des arrêts dans les 2 petites stations précédentes, nous arrivons à la gare de Pont-l’Evêque.

En plus d’être la gare commune aux lignes de Trouville-Deauville et de Honfleur, c’est aussi une gare d’importance pour le commerce du Nord du Pays-d’Auge.

Septembre 1884, on peut lire dans un journal:

Déraillement.  –  Samedi matin, en gare de Pont-l’Evêque, une machine en réserve avait à sa suite un wagon qu’elle devait garer avant l’arrivée du train 7 qui entrait en gare, en exécutant cette manœuvre, ce wagon venant d’être décroché, le mécanicien ayant un besoin à satisfaire laissa son chauffeur sur la machine, cet homme n’ayant aucune connaissance des dispositions de la gare crut probablement pouvoir traverser les voies principales avant l’arrivée du train, et n’y pensant pas fit machine en arrière. Tournant le dos au train venant sur lui, il ne put s’en apercevoir que lorsque ce dernier siffla au frein. Un choc eut lieu et occasionna le déraillement des deux machines. Le mécanicien et le chauffeur du train 7, venant de Lisieux, furent grièvement blessés, le premier eut trois côtes enfoncées et l’autre de fortes contusions à la tète. Par suite de l’encombrement de la voie, un train spécial dut être formé pour conduire à destination les voyageurs sur Trouville et Honfleur.

La gare de Pont-l’Evêque possédait un bureau-voyageur supplémentaire, situé sur la ligne de Honfleur (voir notre page G.PLH).

Nous quittons Pont-l’Evêque et à l’aiguillage, nous abandonnons la voie commune pour la ligne vers Trouville, et 5 km plus loin nous arrivons à la petite halte de…

 

F.LTD 06. CANAPVILLE-SAINT-MARTIN

Nous n’avons pas identifié d’image pour cette station située à l’intersection de la voie ferrée et de la route de Pont-l’Evêque à Deauville. Actuellement elle est « cachée » derrière la rampe d’accès à l’autoroute.

En janvier 1920, le journal signale à Canapville:

La voie s’affaisse. –  Les pluies abondantes de ces derniers jours ont provoqué, jeudi, une importante crevasse dans le remblais de la voie ferrée, sur la ligne Pont-l’Évêque à Trouville. On a pris immédiatement les dispositions nécessaires pour enrayer cet affaissement et la circulation des trains n’a pas été gênée
Encore 4 km et nous arrivons à Touques.

 

F.LTD 07. TOUQUES-SAINT-ARNOULT

Au milieu du XIXe siècle, Deauville vient d’être créé par le Duc de Morny comme lieu de villégiature pour les notables, Trouville est un port de pêche, Touques, avec son château, ses haras, est une ville commerçante et c’est la gare des « locaux », d’où son importance qui parait aujourd’hui disproportionnée.

Nous terminons les 3 derniers kilomètres avec l’impatience de voir enfin la mer…

 

F.LTD 08. TROUVILLE – DEAUVILLE

Nous arrivons à Trouville-Deauville.

La gare est située à Deauville, le long du fleuve Touques qui sépare les 2 communes.


C’est un terminus, il faut donc organiser le retournement des machines pour repartir vers Lisieux:

UN PROBLEME DE ROBINETS

De témoignage visuel de notre ami H.M. (principal contributeur du site trains) et habitant autrefois à côté de la gare,  voici un descriptif du fonctionnement de la plaque tournante. 
La locomotive avec tender étant amenée sur le rail de la plaque et parfaitement centrée, un équilibre est réalisé à la perfection par « vases communicants », des robinets permettant de mettre cette énorme machine comme en suspension sur son axe.

Son poids se trouve alors physiquement neutralisé. Les roues extérieures du cercle ne servant qu’à la manœuvre   4 hommes suffisent à faire tourner cette masse de 60 tonnes, jusqu’à 100 tonnes pour une Pacific !

Ces plaques tournantes, parfois entourées de « rotondes » semi-circulaires pour ranger les locomotives , se trouvent surtout dans  les grandes gares de triage et dans notre cas sur les terminus !
Ce problème est résolu depuis longtemps par les trains qui roulent dans les 2 sens avec 2 motrices.

 

La gare de Deauville

En novembre 1922, les journaux rapportent:

La construction de la nouvelle gare.   On se souvient qu’avant la guerre, des plans avaient été dressés et une combinaison financière établie entre la Cie de l’Etat et les municipalités de Trouville et Deauville, à effet de construire une nouvelle gare en remplacement de celle qui existe actuellement et qui est devenue tout à fait insuffisante, en raison du nombre toujours croissant de voyageurs pendant la saison balnéaire.

Des raisons budgétaires avaient fait ajourner les travaux, mais la Cie des Chemins de Fer de l’Etat, reconnaissant que la situation ne peut se prolonger sans inconvénients pour ses services submergés en été dans les locaux exigus et mal installés, sans compter les risques d’accidents, a fait inscrire dans le prochain programme des travaux, la reconstruction et la transformation de la gare de Trouville-Deauville. Les travaux commenceront vraisemblablement au printemps prochain.

Et en juillet 1923:

La nouvelle gare de Trouville-Deauville.  A la suite d’une entente entre Mr Dejean, directeur des chemins de fer et MM Colas, maire de Deauville et Demasure, maire de Trouville, le projet de construction de la gare a été définitivement admis et compris dans le programme des travaux immédiats.

Abandonnant la combinaison impossible de la participation financière des deux villes de Trouville et Deauville, l’administration des Chemine de Fer de l’Etat est revenue à l’ancien projet Claveille, qui prévoyait, pour la garantie des dépenses, simplement le relévement du prix des billets. Sous peu, les deux conseils municipaux seront appelés à en délibérer. Et les travaux très important comprenant la construction d’une gare et de nouvelles voies commenceront aussitôt après la saison.

Voici le résultat de la création de l’architecte Jean Philippot:

Mais cette gare a 2 sosies, au Congo et au Viet-Nam comme le montre ci-dessous les liens vers le « Blog de Fabrice au Congo »:

-Congo: Pointe Noire

-Viet-Nam: Dalat

 

Les trains de la ligne Paris à Trouville -Deauville:

Ligne de prestige depuis sa création compte tenu des notables qui l’empruntent, cette ligne a été le site d’essai de nombreuses machines révolutionnaires pour leur époque.

En commençant par la plus célèbre:

à son départ de Paris St Lazare:

et prête à repartir de Deauville:

Après Michelin, c’est Renault, puis Bugatti:

Et arrivent les autorails (entre Lisieux et Trouville-Deauville):

Le Turbo-train (ici en gare d’Evreux):

et aujourd’hui, le nouveau TER Lisieux à Trouville-Deauville:

 

 

La « ligne du Duc de Morny »:

Nous reprenons ici un texte souvent reproduit qui décrit le voyage inaugural du Duc de Morny, en en particulier l’arrivée à Deauville où la ligne « spéciale » pour l’occasion était prolongée jusqu’à la Villa Elisabeth sur le front de mer où Mr Donon recevait ses invités.


C’est cette ligne que vous voyez sur le plan ici reproduit.

Collection  privée (Deauville)

Cette ligne fut très provisoire (seulement pour les festivités d’inauguration )  dans le prolongement du tracé noir « Quai de la Marine » ( flèche 1, venant de la gare).

note: la ligne « Quai de la Gare » est une ligne de marchandises desservant le port.

L’autre petit tracé en  tirets/points que vous voyez longer le Boulevard (Bd Cornuché actuel )  devant les villas jusqu’à Tourgeville (flèche 2) est une ancienne ligne à voie étroite, d’abord tirée par des chevaux, puis Decauville : elle amenait les riverains au marché, et surtout, alors que le Casino de Deauville n’existait pas encore, au Casino de Trouville en prenant le Bac !
D’où son départ à l’emplacement actuel de l’escalier du bac près de l’écluse.

la ligne de ville (oblitérée en 1904) où l’on voit l’attelage hippomobile

On distingue bien la voie: un seul wagon, sans fenêtres, petits rideaux. 1e villa à droite « Elisabeth » de Mr.DONON, la suivante  » Victoria Lodge »  de Mr.OLLIFFE

Nous reparlerons  de cette ligne « de ville » après les lignes chemin de fer, car c’est un cas particulier, avec 2 autres que vous découvrirez aussi ! Pour ouvrir un peu votre curiosité en voici déjà les titres:

. Le Decauville de la plage de Deauville
. 1917.18, le train « british  »  du Mont Canisy qui desservait le « Trouville Hospital Center » depuis la gare de Tourgeville
. 1942.44, le train allemand qui montait de la gare de Deauville d’un côté au Mont- Canisy et descendait de l’autre  jusqu’à Hennequeville / Villerville où il rejoignait un autre apportant des pierres de Pennedepie.