Une « arlésienne » dévoilée

Issue d’une pièce de théâtre de Alphonse DAUDET, le nom d’Arlésienne, est le personnage principal  dont on parle et que l’on ne voit jamais. Il est ainsi devenu cet adjectif populaire qui désigne toute personne ou objet, dont on parle souvent mais que personne n’a jamais vu.

L’histoire postale n’échappe pas à ce phénomène et notre sujet du jour va, enfin, montrer l’une de ces pièces mystérieuses !

Entre 1912 et 1917, la Poste mit à l’essai un nouveau type de timbre à date, dont la particularité est d’avoir le millésime en haut, et un bloc dateur sur une seule ligne avec heure et minutes. Ils sont souvent appelés « Autoplan », nous préférons l’appellation « horodateur ». Autoplan est le nom du fabricant de ces cachets à molettes tournantes qui évitaient de démonter le bloc dateur (en 1929, cette entreprise portait le nom de « La gravure mécanique Autoplan » selon Laurent Bonnefoy). A ce jour nous ne pouvons pas affirmer que cette même Maison aurait présenté ces « essais » sans succès et si longtemps avant. Voyez à  ce sujet une reproduction de cachets plus tardifs mais du même genre utilisés par le service télégraphique de Paris, sur le joli site:  www.museeboiteauxlettres.fr (juin 2017).

La liste de ces essais est bien connue depuis longtemps, Georges Petit qui fut « mon maître » en donna la liste déjà à l’époque où il était rédacteur en chef des Feuilles Marcophiles. Cependant et curieux hasard de circonstance, son article tapé à la machine par lui-même est tronqué d’une ligne ce qui fait que PARIS  114, et/ou notre cachet, n’apparaissent pas dans l’article.

Les bureaux connus sont également listés dans Yvert & Tellier spécialisé de 1982 (page 202), avec quelques erreurs de copie du texte des cachets! Nous les rectifions ici…

Voici la liste de ces 5 timbres à date:

. PARIS 114 / RUE FG ST MARTIN *

. VERSAILLES-NE-DAME / SEINE-ET-OISE

. EVIAN-LES-BAINS / HAUTE-SAVOIE

. NICE PL. GARIBALDI / ALPES Mmes

. BORDEAUX / GARE-SAINT-JEAN

* pour Paris 114 le texte est supposé : nous l’avons vu il y a longtemps mais n’en avons pas l’image. Toute photo serait la bienvenue, elle serait ici ajoutée et l’auteur cité.

Voyez ci-dessous un exemple du TàD de Versailles Notre-Dame qui s’écrit bien NE

Voici également les « calques » de Georges PETIT dans les FM n°166  (à cette époque on relevait les cachets à la main sur calque!).
 » et il paraîtrait qu’il y en a un autre…?  En Bretagne » De mémoire ( donc faible) , on m’a affirmé un jour qu’un collectionneur « en aurait un… sur une carte postale ?
« Mais il ne souhaitait pas le communiquer » (sic).
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En attendant nous nous permettrons pour notre lettre la formule habituelle :
« Seule pièce vue à ce jour » et certaine puisqu’elle se trouve ici dans nos mains !
Voici donc aujourd’hui dévoilée cette arlésienne :
DINARD-ST- ENOGAT / ILLE-ET-VILAINE
27 mai 1914 à 18h30
Collection S. et M.C
Il s’agit d’une lettre recommandée, où l’on constate que la manipulation nouvelle a fait que le postier s’est trompé (de jour) et a du refaire son empreinte.
Pour certifier ce changement de date, il a ajouté une mention manuscrite en haut à gauche.
C’est probablement cette difficulté d’utilisation qui aurait fait que ce cachet n’aie pas, ou très peu servi ?
le diamètre exact est 29mm.
Historique de la lettre:
. Collection Stephane STROWSKY (probablement vendue chez Jean Pothion) *
. Collection Maurice HOUSSAINT
. Collection Sylvie & Michel CATHERINE  (Acquisition 1989)
* on notera que Strowsky ne cite pas cette oblitération dans son ouvrage des Estampilles postales du XXe siècle. Cette découverte serait donc postérieure à sa publication.
Par ailleurs M.Lautier, dans sa nomenclature des types de cachets à date cite cette liste en  « Essais » de cachets A5 avec Dinard-St-Enogat inclus  (sans le montrer: seulement signalé par son propriétaire de l’époque M.H.).
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Pour conclure, nous avons l’habitude chaque fois que possible, de lier nos collections les unes aux autres par une « pirouette » finale.
L’expéditeur de notre lettre se nomme Jules BOUTIN, il est banquier, bien connu dans cette région de nord Bretagne. Voici notre dernière « image », c’est le genre de document qui aurait pu se trouver dans une enveloppe recommandée.
Collection S. et M.C
Ce chèque important pour l’époque représente 7142 fois le montant de l’affranchissement de notre lettre! Amusez-vous à comparer l’écriture de la suscription avec celle du chèque : étonnant non?
Ce final vous invite aussi à retourner lire notre parution sur « Le timbre fiscal du chèque« .
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C’est un grand plaisir pour nous de pouvoir, de temps en temps, montrer à nos lecteurs des pièces d’histoire postale qui « sortent de l’ordinaire »! Il y en aura d’autres, venez souvent visiter le site du Cercle philatélique lexovien et faites le connaître à vos amis.
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Bibliographie et Références
. Georges PETIT : Feuilles Marcophiles 166
  il cite le Dr Goubin, Pierre LUX et M. ALLEGAERT.
. Dr GOUBIN: Echo de la timbrologie 1336.1337 (avril et mai 1965)
. André LAUTIER: Nomenclature des cachets à date manuels (ed.1969)
. Yvert et Tellier: Catalogue spécialisé de France, volume 2 (1982)

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