Quand l’histoire prend le train

Nous vous présentons aujourd’hui une carte-postale témoins de l’Histoire et qui recoupe deux de nos dossiers:

Une histoire russe

nous présentions dans cet article de 2017 les cartes postales des révolutions russes de 1905 et 1917.

voici une carte-postale à ajouter au dossier

Reproduction d’une affiche connue pour l’emprunt destiné à soutenir l’effort de guerre: son impression est datée Octobre 1916.

 

et dernièrement, nous vous avons montré les courriers français ayant circulé vers l’Asie par le Transsibérien dans les articles:

La Semeuse qui est passée par la Sibérie

Les Semeuse qui sont passées par la Sibérie, l’inventaire ouvert

ou européens dans l’article:

Transsibérien, les cousins des Semeuse

Donc voici un complément, avec le verso de la carte postale:

un courrier russe, écrit par un français, ayant voyagé par le Transsibérien, au départ de l’Europe, pour l’Asie, et en l’occurrence une des destinations les plus rares des courriers transsibériens: le Tonkin!

collection Sylvie et Michel Catherine

 

Une Histoire Russe? le recto et le verso en témoigne. Un courrier français? l’écriture, le texte, l’expéditeur et le destinataire le prouvent. de l’Europe vers l’Asie? la carte part d’Odessa, en Ukraine, sur la rive Nord-Ouest de la Mer Noire, donc en Europe et pour Haïphong, en Indochine, au Tonkin, donc en Asie.

Maintenant a-t-elle emprunté le Transsibérien?

Si on se réfère aux dates des marques postales: 18 mai et 6 août 1917, ce n’est pas convainquant. prés de 3 mois pour faire un parcours qui prend moins de 30 jours en partant de Paris!

Mais si on analyse ces marques postales, alors plus de doute:

 

oblitération mécanique d’Odessa du 18 mai 1917 (calendrier Julien) soit le 31 mai pour notre calendrier

transit par Shanghaï le 6 août 1917:

hors il n’y a que 2 possibilités pour aller de Odessa à Haïphong en 1917: par Suez en bateau et alors on ne passe pas par Shanghaï. ou par Moscou et Vladivostock, le Transsibérien, et alors Shanghaï est une étape incontournable! (et théoriquement beaucoup plus rapide…)

Arrivée à Vladivostock, terminus du Transsibérien, la carte prend le bateau pour Shanghaï. A Shanghaï, elle est remise à la poste chinoise, qui la remet au bureau français. Elle poursuit ensuite son voyage par la poste française au moyen des cargos-boats des Messageries Maritimes (cf: Bulletin économique de l’Indochine, volume 9, Cornell University Library, Coll. C.W Wason) qui assurent la liaison Shanghaï, Hong-Kong, Haïphong et sont sous contrat avec le gouvernement indochinois pour le transport des dépêches.

Mais alors pourquoi ce délai de 67 jours pour aller de Odessa à Shanghaï? probablement la censure! En Russie, nous sommes en pleine période trouble de la Grande Guerre qui précède la 2e révolution d’octobre 1917. et c’est la marque violette qui nous l’indique:

marque de censure russe

les lettres sont DZ signifiant Département Zensura apposé ici à Odessa.
Ce cachet porte le numéro 355 qui n’était pas signalé au catalogue Wolter qui indiquait une numérotation jusqu’à 265 !
(Réf. WOLTER 2c page 104. Tome 1. Karl Kurt Wolter: Die Postzensur Handbuch une Katalog . 2 volumes, Munich 1965)

photo de la page du catalogue Wolter

 

Vous l’avez probablement remarqué, cette carte-postale n’est pas affranchie. Elle voyage en franchise .

le 1er mot est « marque »

Si nos lecteurs peuvent nous indiquer sous quel principe cette franchise est accordée?

 

Le texte de la carte:

Lisez le texte de ce collectionneur, très intéressant sur le contenu de l’échange philatélique qu’il propose ! Nous pensons que le numéro qu’il indique dans son adresse « Russe 96 » est un Club international de collectionneurs comme il y en avait beaucoup à cette époque, en particulier dans les cartes postales et la philatélie.

 

Pour terminer, un petit regard sur le destinataire de la carte-postale, Gustave Demolle à Haïphong, directeur de la succursale Denis Frères:
extrait du site: www.entreprises-coloniales.fr

nous apprenons sur ce site que en plus d’être philatéliste, G. Demolle est:

Gustave Demolle : ultérieurement directeur de Pinsard & Veyret à Hanoï, vice-président de la chambre de commerce (1926), négociant et agent de la Cie franco-asiatique des pétroles (Shell) à Sontay, propriétaire d’une villa au Mont Bavi et de l’Hôtel Terminus à Hanoï, actionnaire des Ciné-théâtres d’Indochine, administrateur des Éts Bourgouin-Meiffre…

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